L’anthotype est une ancienne technique de développement qui consiste à utiliser les propriétés photosensibles de la chlorophylle d’une feuille et de l’exposer à la lumière solaire dont elle se nourrit. Au service de la photo-graphie (« écriture par la lumière »), la feuille devient un support privilégié à l’image avec qui elle entretient une relation de réciprocité. Elle lui prête sa forme, son relief, sa texture et ses nervures. Elle lui offre son corps. L’image trouve chair dans la feuille qui veut bien l’accepter et lui rendre vie, grain pour grain. Détachée de la plante ou de l’arbre, la feuille meurt mais l’image qu’elle renferme devient elle-même sa propre matière.

 Corps pour corps, chacune devient alors garante de mémoire de l’autre. Pour autant, le caractère « noir et blanc » ainsi obtenu confère à la photo une dimension intemporelle. Hors de tout contexte, ces portraits défient toute tentative de datation et nous incitent également à réfléchir au temps qui passe et à notre incessante quête de perfection. Narcisses soucieux de nos propres imperfections, Aphrodites en mal de beauté et n’acceptant pas de vieillir,  nous n’avons de cesse de sublimer notre propre image par tous les artifices possibles. Mais sommes-nous si beaux que nous voulons le faire croire ? L’anthotype nous permet ainsi de reconsidérer notre propre image, à la manière de Dorian Gray et de son portrait. 

Copyright Charles Bonnefond